A l’origine de l’open data, on retrouve l’idée selon laquelle une fois les données ouvertes, elles seraient réutilisées et transformées en innovation, avec à la clé, la création de valeur économique (Chignard, 2013). On trouve ce postulat pour la première fois dans un rapport de la commission européenne de 2006, intitulé Measuring European Public Sector Information Resources (Dekkers et al., 2006) et qui estime que l’open data et les informations publiques pourraient créer un marché estimé à 40 milliards d’euros par an.

 

Figure 1 : logigramme établissant le lien entre l’offre de données (conditions cadres), la demande de données et les résultats économiques de l’open data (impact)

Nous décrirons ici la logique construite par la commission européenne pour venir supporter cette estimation (figure ci-dessus).

De la logique…

En premier lieu, la commission européenne identifie trois rôles que les organisations impliquées dans l’open data peuvent jouer :

  1. Fournisseur public de données : tout organismes public ou organisme régit par le droit public qui fournit des données à un marché.
  2. Réutilisateur de données : les organismes (hors secteur public) qui fournissent de l’information au marché.
  3. Utilisateur : toute personne ou organisation utilisant les informations fournit par les réutilisateurs.

Puis, elle articule les relations entre ces rôles en suivant une logique constituée de 5 conditions cadres, et de 2 types d’impact économiques. Les premières correspondent à des principes généraux s’appliquant à l’offre de données et d’informations tandis que les seconds ont traits aux conséquences économiques de l’application de ces derniers (description ci-dessous)

Tableau 1 : description des 5 conditions cadres et des 2 formes d’impact économique de l’open data

En substance, la commission européenne estime que si les producteurs de données ouvertes font en sorte que ces données soient disponibles (1), accessibles (2), transparentes (3), que les fournisseurs de données s’engagent à rendre des comptes (4) et à fournir un accès égal et équitable à tous (5 et 6), alors les données seront d’avantage réutilisées. Autrement dit, la commission européenne suggère que les acteurs publics verront leurs données réutilisées naturellement si elles respectent ces 5 critères.

…au mythe

Ce raisonnement, que je rangerai ici parmi les fondations intellectuelles de l’open data, peut participer à expliquer l’avènement du mythe d’un développement économique causé, presque naturellement, par l’ouverture des données publiques.

Aussi permet-il de comprendre la posture initiale des politiques open data, qui allouent peu de moyens aux pratiques qui pourraient accroitre durablement la réutilisation des données ouvertes.

Enfin, l’intérêt tardif de la communauté scientifique et le faible nombre d’études s’intéressant à la réutilisation, peut aussi être perçu comme une autre conséquence de ce raisonnement fondateur. Et Antoine Courmont (2016, p.242) de résumer :

L’accent (a été) d’avantage mis sur l’accès aux données que sur les usages qui en sont faits

Pour consulter le rapport de la commission européenne :

Dekkers, M., Polman, F., te Velde, R., & de Vries, M. (2006). Measuring European Public Sector Information Resources. Final Report of Study on Exploitation of Public Sector Information–Benchmarking of EU Framework Conditions.

Pour aller plus loin :

Chignard, S., (2013). Une brève histoire de l’open data

 


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