Nous appliquerons ici une méthode d’analyse de design construite par Mabi (2015) qui vise à comprendre l’usage de la plateforme open data tel qu’imaginé par ses concepteurs. Elle décompose et analyse 5 composantes d’une plateforme open data :

  • le rubriquage de la plateforme
  • les applications qui permettent d’agir sur le contenu de la plateforme
  • les applications qui permettent aux internautes d’interagir entre eux sur la plateforme
  • les modalités d’intervention des concepteurs
  • les formes d’adresses au public des concepteurs

Le rubriquage de la plateforme data.metropolegrenoble.fr

Le rubriquage de la plateforme et l’organisation du contenu renvoie à la manière dont sont organisées les différentes rubriques de la plateforme et au parcours de navigation proposé à l’utilisateur de la plateforme. Selon Mabi (2015), l’analyse de ces composants permet de comprendre vers quelles informations ou activités les concepteurs orientent les utilisateurs.

Le rubriquage de la plateforme data.metropolegrenoble.fr offre une triple porte d’entrée à l’utilisateur :

La première porte d’entrée (1) donne accès au catalogue de données ouvertes qui est hébergé sur un portail C-KAN. Sur ce portail, on trouve, outre les données ouvertes, toutes les métadonnées nécessaires à leur compréhension : nom du producteur, description du producteur, description textuelle de la composition du jeu de données, etc.

Le deuxième porte d’entrée (2) permet de consulter la liste des sites et applications ayant fait usage des données ouvertes (dites “réutilisations”). On trouve derrière cette porte une page de contenu donnant diverses informations sur les réutilisations : le nom des réutilisateurs, les jeux de données utilisés, le finalité de la réutilisation, un lien vers la réutilisation.

Enfin, la troisième porte d’entrée (3) donne accès à un guide pour les utilisateurs qui souhaiteraient publier directement leurs jeux de données sur la plateforme C-KAN. Ce guide vise clairement à inciter tout acteur à publier, avec un maximum d’autonomie, ses propres jeux de données.

Finalement, le portail data.metropolegrenoble.fr a été conçu de façon à s’adresser à une triple cible et à encourager chez elles différentes activités :

  1. Les potentiels réutilisateurs de données. En mettant à disposition de nombreuses metadonnées, le portail facilite le travail de compréhension des données.
  2. Le grand public. La mise en ligne sur une seule page des diverses réutilisations de l’open data permet au grand public d’en bénéficier facilement et de mieux comprendre les enjeux de la démarche open data.
  3. Les fournisseurs de données. La présence d’un guide didactique pour publier des données sur le portail C-KAN incite tout acteur à devenir lui-même un fournisseur de données ouvertes.

Le portail data.metropolegrenoble.fr a été conçu pour faciliter le travail de réutilisation, informer le grand pub-lic et faciliter la publication de données. Ce triple objectif indique que les concepteurs avaient imaginé 3 publics cibles, chacun se distinguant par l’intensité de sa participation dans le contenu du portail :



Les applications qui permettent d’agir sur le contenu de la plateforme

L’étude de ces applications permet de comprendre quelles actions les concepteurs de la plateforme ont rendu possibles mais aussi comment ils ont décidé de les cadrer et de les orienter. Selon Badouard et Mabi (2012), elles “matérialisent la capacité d’agir d’un usager et servent principalement à la production de contenu et à sa modification”.

La plateforme data.metropolegrenoble.fr offre 6 applications permettant d’agir sur le contenu :

  • Widgets permettant de partager un jeux de donnée sur les réseaux sociaux (Google, Twitter et Facebook)
  • Fonctionnalités de recherche de jeux de données selon plusieurs critères :
    • organisation productrice
    • thématique à laquelle la données appartient
    • mots-clés attachés à la donnée
    • format
    • license
  • Télechargement des données
  • Formulaire en ligne de demande de données
  • Publication de données sur le portail
  • Abonnement à la newsletter
La plateforme data.metropolegrenoble.fr met en capacité ses utilisateurs de trouver ou d’obtenir les données dont ils ont besoin, de comprendre leur contenu mais aussi de devenir des contributeurs actifs de la platefor-me. Cette possibilité laissée à l’utilisateur de la plateforme d’être à la fois un consommateur et un producteur de données semble caractéristique de la démarche open data grenobloise.

Les applications qui permettent aux internautes d’interagir entre eux sur la plateforme

Par l’étude de ces applications, il s’agit de regarder par quels moyens techniques les échanges entre utilisateurs de la plateforme sont rendus possibles. Selon Mabi (2014, p.54) : “ce critère permet d’envisager la manière dont les concepteurs ont pensé a priori les conditions de la création d’une communauté autour de la plateforme”

La plateforme data.metropolegrenoble.fr permet uniquement aux internautes de laisser des commentaires (bien qu’aucun commentaire n’était visible lors de la consultation du 23 avril 2019). A part cette possibilité d’échange unitatérale de l’utilisateur vers le gestionnaire de la plateforme, il n’existe aucune possibilité pour les utilisateurs de cette plateforme d’interagir entre eux, et par là, aucun moyen de créer une communauté en ligne à partir de la plateforme.

Selon cette analyse, on peut affirmer les concepteurs de la plateforme data.metropolegrenoble.fr n’ont pas envisagé qu’une communauté se forme autour de la plateforme.

Les modalités d’intervention des concepteurs

Ce critère invite à analyser comment les gestionnaires de la plateforme interagissent avec les utilisateurs et les ressources qu’ils mobilisent à cette fin : “il s’agit d’appréhender les modalités de gestion et d’animation d’une communauté d’usager à la disposition des concepteurs ainsi que le rapport que cette communauté entretient avec une autorité désignée” (Mabi, 2014, p.54)

Les concepteurs de la plateforme data.metropolegrenoble.fr ont réduit leurs modalités d’intervention à la publication de billets de blog informant l’utilisateur sur les nouvelles orientations de publication de données, sur les nouvelles applications issues des données ou encore sur les changements de règlementation

Jouant uniquement un rôle d’informateur,  les concepteurs de la plateforme grenobloise ont réduit leurs mod-alités d’intervention au maximum. Ce constat vient renforcer l’idée selon laquelle les concepteurs n’ont pas envisagé la dimension communautaire de la plateforme open data.

Les formes d’adresse au public

Il s’agit dans cette dernière composante de l’analyse du design de la plateforme, de s’intéresser aux images, phrases ou logos qui incitent à passer à l’action. Celles-ci permettent de “rendre compte de la manière dont une certaine conception de la libération des données est incarnée dans le portail” (Mabi, 2014, p.54)

On retrouve dans l’ensemble des contenus publié sur la plateforme 3 types de registres :

  1. Un registre politique utilisé par les concepteurs pour présenter les motivations sous-jacentes au portail et aussi pour sensibiliser les utilisateurs aux enjeux de l’open data (transparence des institutions, dynamisation du territoire, etc.). Ce registre est majoritairement utilisé pour s’adresser au citoyen
  2. Un registre didactique pour accompagner les utilisateurs dans la mise en oeuvre d’actions comme la publication de données
  3. Un registre incitatif qui se matérialise par la multiplication d’injonctions : “accédez aux données”, “utilisez”, “faites-nous savoir”
Par la superposition de ces 3 registres, les concepteurs se présentent principalement comme des facilitateursà disposition des utilisateurs et dans une moindre mesure comme des chefs d’orchestre qui orientent leurs actions.
  1. Mabi, C. (2015). La plate-forme «data.gouv.fr» ou l’open data à la française. Informations Sociales, (5), 52–59.
  2. Badouard R. et Mabi C., 2012, Décrypter les contraintes techniques : un enjeu de pouvoir, in Dang Nguyen G. et Créach P. (dir.), Le numérique en sociétés (actes du 9e Séminaire M@rsouin Mesure et analyse des usages numériques, Bénodet, 26 et 27 mai 2011), Paris, L’Harmattan, p. 313-326.

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